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CHAUFFEUR ROYAL.

jeudi 1er mai 2003, par Jean VAN DER REST

Rencontrer le Comte Geoffroy de Beauffort et parler d’automobiles anciennes relève de l’émerveillement assuré. L’ internaute en jugera ci-après, par l’une de ses anecdotes dont sa mémoire fourmille. Dès le début du siècle dernier, le roi Léopold II s’intéressa à l’automobile naissante, puis à son industrie, ensuite à son sport. Déjà l’automobile gagnait ses titres de noblesse et la carrosserie à confortable et volumineux capitonnage de cuir allait porter dans l’Europe entière le nom de "Roi des Belges". Léopold II et le prince Albert furent spectateurs à maintes épreuves automobiles, notre souverain ayant une particulière prédilection pour Hautvast qui en courses d’alors, défendait les couleurs de la firme Pipe dont le roi était client.

Une nouvelle de Tristan Bernard mettant en scène le roi Léopold II, une auto et...mais laissons donc la plume à l’immortel humoriste.

Le roi Leopold II partit, avec son mécanicien et en compagnie d’un sportsman belge, faire un tour en automobile dans nos ardennes au départ de la vallée de la Meuse. Incognito, juste pour une escapade.

La voiture était une superbe 100 chevaux de course, qui sur route uniforme pouvait atteindre le 120 à l’heure. Le roi et son compagnon roulaient en direction du Luxembourg. Pour cette petite débauche de vitesse, sa Majesté avait chaussé une paire de grosses lunettes, qui avaient le double avantage de protéger ses yeux et de lui assurer un incognito parfait. C’était un véritable masque qui se terminait par un protège-barbe de dimensions assez considérable.

LA PANNE

La panne a des rigueurs à nulle autre pareille…le pauvre en sa cabane n’était pas sujet à ses lois, parce qu’il ne faisait pas d’automobile. Mais les précautions du conducteur le plus expert, n’en écartent pas nos rois.

Sur le bord d’une route déserte, à deux lieues de toute habitation, la voiture royale était arrêtée. Le mécanicien sous la voiture et, couché sur le dos, immobile, donnait l’impression d’être écrasé à tout jamais. Le monarque, un peu triste interrogeait l’horizon, qui ne répondait rien, ne sachant sans doute pas qui était son illustre interrogateur. Enfin, l’on entendit un meuglement sauveur : une automobile approchait.

On lui fit des signes. Elle s’arrêta. Notre propriétaire de la voiture en panne s’approcha et demanda si son ’’confrère-chauffeur’’ s’il voulait bien prendre à son bord et déposer à la ville voisine, le comte de Bonchamp (c’était le nom que sa majesté Leopold II avait choisi pour ce petit voyage).

Le confrère-chauffeur, depuis sa voiture, accompagné de son mécanicien, accepta avec une parfaite bonne grâce. C’était un homme de taille moyenne, d’assez large carrure. Il pilotait une forte voiture de tourisme découverte. On ne distinguait pas son visage sous son masque de protection.

Mais d’après sa tournure et son allure, il paraissait la bonne quarantaine.

Le roi prit place à son côté sur le siège arrière de la voiture, qui partit à une allure modérée. "Le pays est beau" dit sa majesté, laissant errer ses yeux sur la campagne. L’inconnu paraissait, lui aussi, disposé à causer. Et l’on causa. Le roi très amusé de cette aventure et certain de ne pas être reconnu, se mit à faire parler son compagnon sur divers sujets à l’ordre du jour en Belgique. Il fut stupéfait de la compétence avec laquelle ce ’’chauffeur’’ s’exprimait et avait des avis pertinents sur les divers sujets abordés, allant parfois jusqu’à être sévère dans ses critiques et, bien qu’il parla du roi dans des termes respectueux, il ne se gênait pas pour apprécier très librement sa politique. Léopold II s’en amusait d’autant plus. Il lui tardait de vivre le moment où il allait révéler sa véritable identité et jouissait par avance de l’étonnement de son compagnon. "Je vois souvent le roi", dit-il, "et je lui ferai part des judicieuses réflexions que vous venez d’émettre.

Il n’a pas autour de lui, beaucoup de personnes aussi sensées et aussi documentées. Si vous voulez, je vous présenterai à lui et je le connais assez pour vous dire d’avance qu’il vous aura bientôt en grande estime. Peut-être voudra-t-il attacher à sa personne, un conseiller aussi intelligent."

L’inconnu répondit : "je vous remercie, mais je ne suis pas libre. Je suis très sensible à l’honneur que vous voulez me faire, mais en admettant que sa majesté veuille bien penser comme vous, je serais forcé de décliner une proposition aussi flatteuse ; car j’ai des occupations auxquelles je ne puis me soustraire et qui m’absorbe beaucoup".

Le roi des Belges sentit que le moment était venu de se démasquer.

Il était ému malgré lui à la seule idée de l’effet qu’il allait produire...

"Et si le roi lui-même vous priait de venir au palais au titre de conseiller privé".

"Je serais obligé de refuser" dit l’inconnu.

"Il vous en prie " dit le roi en retirant ses lunettes de course.

Le ’’chauffeur’’ inconnu s’inclina avec une expression de profond respect.

"Excusez-moi sire" dit-il." Je dois décliner l’honneur dont vous me jugez digne, je suis vraiment trop occupé ailleurs "... A son tour, il se démasqua et Léopold II, étonné, reconnu son cousin Guillaume II, empereur d’Allemagne.

(propos recueillis auprès du Comte Geoffroy de Beauffort, par notre confrère Jean VAN DER REST)


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