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1èr(e) Elisabeth JUNECK sur Bugatti !

mercredi 30 avril 2003, par Jean VAN DER REST

PRAGUE 1926.



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Elisabeth Juneck

1ère femme au monde à avoir gagné une course automobile, Elisabeth JUNECK n’a rien fait pour !

Rien, sauf aimer. Cet homme qu’elle épousa était lui, pilote. Mais c’est son histoire à elle qui nous intéresse aujourd’hui.

Pour ce faire, nous avions la possibilité facile de résumer pour vous, sa biographie.

Nous avons préféré rencontrer Gérard Mossay qui l’a bien connue, dans ses relations professionnelles avec le monde de l’automobile du siècle passé. Relations et raisons professionnelles qui conduisirent Gérard en Tchécoslovaquie et l’amenèrent à la rencontrer à de très nombreuses reprises.

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Gérard MOSSAY en Tchécoslovaquie.

Qui était-elle ? Que faisait-elle ? Comment était-elle, dans ce monde mécanique de l’époque ?

Issue d’une famille bourgeoise de l’austro-hongrie d’avant guerre, elle fit des études réussies avec, en plus, un perfectionnement de la langue française. Ce qui était plutôt courant à l’époque, dans ce milieu. Cette époque du début du siècle passé, que les français parlant de l’emploi de leur langue à l’étranger, qualifiaient de ’’la langue des Tsars’’. Toujours est-il, nous précise Gérard Mossay, que parlant français, c’était moi qui avait de l’accent !

C’est en 1921, qu’Elisabeth fit la connaissance pratique de l’automobile, au volant d’une Laurin et Klément, pour passer et obtenir son permis de conduire. 1921, avec dans la réglementation de la circulation urbaine, une fixation de la vitesse maximum à l’approche d’un carrefour à...6 km/h. Pour information, dans les mêmes années, les tramways de Prague étaient autorisés à circuler à 28 km/h. C’est ce que l’on qualifierait de nos jours : ’’favoriser les transports en commun’’ (sic).

Deux années plus tard, rencontre et mariage. Sa première

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Bugatti G.P. 2l 1922, Babuska.

voiture de ville, une Fiat Spinto lui fut offerte par son mari. Celui-ci ayant constaté qu’elle s’intéressait de près aux possibilités sportives qu’offraient alors ces nouvelles mécaniques, lui mettait en mains une cylindrée nerveuse montant à 100 km/h., alors que lui - mais c’était plus normal - pilotait sa Bugatti 2 litres en courses et conduisait une Mercédès en ville. Nous sommes en 1923.

NON MADAME !

C’est entre deux saisons de compétitions que le couple eut à faire re-carrosser la Bugatti.

Pris par ses occupations professionnelles, Mr. Juneck confia la conduite de cette opération à son épouse. Et ce fut Prague - Strasbourg par les routes dont les meilleures étaient partiellement ’’pétrolées’’. Terme qui convenait au versage sur certains tronçons de chemins et routes d’une matière grasse, résiduelle de l’affinement pétrolifère, dont le but premier consistait à supprimer tant que faire se pouvait, les nuages de poussière que soulevaient les ’’bolides’’ de l’époque. A l’approche de Strasbourg, quelque peu égarée en campagne alsacienne, Elisabeth interpelle un jeune cycliste pour se faire indiquer le chemin de l’usine de Molsheim. Mais, comme encore de nos jours, la remise en route d’une voiture de compétition demeure un moment délicat. Dans le but d’économiser l’allumage électrique de son engin, Elisabeth sollicita le jeune cycliste : ’’avec l’aide la manivelle, là devant, voudriez-vous, s’il vous plait, relancer mon moteur ?’’

Vraisemblablement pris de peur, de se trouver ne serait-ce qu’un instant, face à un moteur avec une femme aux commandes, l’adolescent refusa de toucher à cette mécanique et se sauva à toutes pédales.

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A Molsheim avec Ettore Bugatti (à droite).

A l’usine de Molsheim, Ettore Bugatti accueillit Elisabeth avec une inquiétude dans la voix et à sa question ’’ ou avez-vous laissé votre mécanicien Madame ’’ il reçu la réponse simple, mais difficilement crédible en ce temps là, ’’ je suis venue seule Monsieur !’’ Madame Juneck se retrouva le soir même, invitée à la table familiale.

C’est ainsi qu’Elisabeth reconnu le jeune homme qui quelques heures auparavant lui avait refusé, par peur, de relancer son moteur. Jean Bugatti venait d’avoir 14 ans.Quelques mois plus tard, Elisabeth Juneck prend le départ depuis Pilzen. Ce sera sa première course officielle. Gérard Mossay se souvient des éclats de rire d’Elisabeth lui racontant que la principale difficulté qu’eurent les concurrents fut d’éviter les écarts et les traversées de routes des chevaux de la police,

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Bugatti G.P. type 355 B 1926.

effrayés par le bruit des moteurs rugissants...à plein capots, en côtes et en sorties de virages. Deux saisons de compétitions régulières, en côtoyant les grands d’alors dont Chiron et Constantini vont faire admettre Elisabeth au sein de ce monde d’hommes. Elle va s’imposer à eux dès 1926, avec sa 1ère victoire à Prague. C’est là qu’elle a conquis le titre que personne ne saura jamais lui reprendre de : 1ère femme au monde ayant gagné une course automobile.

Elle n’en restera pas là ! L’année suivante après onze courses en Europe, elle s’attaquera sur les 540 kilomètres, aux 1200 virages de la Targa Florio. ’’La Targa’’ comme la dénomme les pro. ’’Le Tobogan’’ comme l’on baptisé les amateurs. C’est dans cette dernière catégorie (sans aide d’usine) que le couple Juneck va l’affronter, se classant chaque fois, sans la gagner. Rude épreuve de pilotage de laquelle Elisabeth se tirera avec l’intérieur des mains en sang, d’avoir serré les cordages ajoutés au volant pour en assurer à mains nue la prise ferme, à tenir dans les virages pour éviter les murs de rochers d’un côté et les précipices de l’autre. 1928, elle y reviendra, seule au volant, assistée de 2 mécanos, pour se classer 5ème après le célèbre Dino sur Bugatti lui aussi.

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...signée Ettore Bugatti.

A notre question ’’vous a-t-elle parlé un jour de sa plus belle course ’’, Gérard Mossay enchaîne : Oh oui, elle avait une raison bien simple de s’en souvenir puisque concurrente opposée comme à chaque départ à des pilotes hommes, elle y retrouvait en plus cette fois là, son époux. C’était à Brno en 1927. Son mari termina premier et elle deuxième. Ce souvenir lui était d’autant plus cher que quelques mois plus tard, ce mari sensiblement plus jeune qu’elle, allait se tuer en compétition sur le Nurburgring.

Sa dernière grande ’’sortie’’ fut une randonnée de plus de 4000 km en quinze jours sur les routes d’Europe. En 1939. Quelques semaines plus tard, la Tchécoslovaquie était envahie, quelques mois plus tard le continent s’enflammait et quelques années plus tard le rideau de fer en faisait deux mondes, qui allaient avoir à vivre séparément. Après quoi, seul le monde occidental allait reprendre les compétitions Une page glorieuse de l’épopée automobile venait d’être tournée. Celle des pionniers.

L’industrie automobile va ensuite développer une concurrence acharnée. Même les bolides seront fabriqués en séries. La mort d’un pilote qui jusque là était un drame, va devenir un spectacle. Il en ira de même avec la guerre cinquante ans plus tard. Comme si la devise était : démolir pour construire du neuf. C’est ainsi que l’on détruit un patrimoine, supprime son souvenir jusqu’à effacer son existence.

Les commissions mondiales et européennes n’auront plus qu’à effacer l’Unesco pour y parvenir. C’est le type de missions confiées par le capital aux lobbyistes, y compris dans le monde actuel de l’automobile. Et nos politiques réglementeront des arguments réfléchis, pour nous donner bonne conscience.

Jean VAN DER REST (F.A.R.-Féd. Auto-moto Retro)


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