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1895, GRANDE "PREMIERE".

Première publication : 15 janvier 2004, mise en ligne: dimanche 25 janvier 2004, par Jean VAN DER REST

la première course de vitesse automobile au monde.



Paris, Porte Maillot.

Amis automobilistes, lorsque vous serez de passage à Paris, arrêtez-vous quelques minutes à proximité de la Porte Maillot. Dans le cadre de verdure qui la borde côté sud, vous découvrirez sous un arc de triomphe, une automobile des premiers temps fonçant vers le visiteur comme vers l’arrivée d’une course. Ce monument "à Levassor", du début du siècle passé, immortalise un événement par une des plus prestigieuses sculptures qu’ait inspiré l’industrie automobile naissante : la première course de vitesse automobile au monde.

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Le monument de la Porte Maillot à la gloire de la course automobile.

Rien de comparable avec la "promenade" automobile de 1894 sur les 126 kilomètres du trajet Paris-Rouen, organisée par Pierre Giffard, propriétaire du Petit Journal. L’objectif de cette "sortie" était limité à la présentation hors-ateliers, de quelques-uns de ces rares engins aux roues cerclées de fer, progressant lentement sans que l’on aperçoive la puissance qui, tirant ou poussant, les faisait avancer.

Une vraie course de vitesse à plus de 20Km/h de moyenne !

C’est l’année suivante, 1895, que répondant à la demande du comte de Dion et du baron van Zuylen de mettre les premiers fabricants en compétition à l’occasion d’une course de vitesse entre deux grandes villes ; le même Pierre Griffard repoussa la proposition sous prétexte d’un trop grand risque d’accidents, compte tenu du fait que les véhicules pouvaient déjà dépasser les 20 km/h de moyenne.

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La PANHARD - LEVASSOR N°5

C’est alors que, aidé par quelques amis, nos deux aristocrates décidèrent de former un comité organisateur. Celui-ci allait le 22 novembre de la même année, servir de base fondatrice à l’Automobile Club de France. Mais chaque chose en son temps ! Revenons à notre compétition ! Rapidement, le comité décida que ce serait une longue course de vitesse et qu’elle utiliserait les routes et chemins de Paris à Bordeaux sur les trajets aller et retour.

Le règlement.

Sur un total de 1.175 km mécaniques et pilotes allaient ainsi, pour la première fois, être mis à rude épreuve.

Tous les moyens de propulsion seraient acceptés, aux conditions :
- d’accomplir le trajet d’une seule traite, sans étape et sans limite de temps,
- que chaque véhicule ait quatre personnes à son bord pendant toute la durée de la course et que, ces conditions respectées, serait déclaré vainqueur, celui qui passerait la ligne d’arrivée en premier.

22 automobiles prirent le départ. 15 étaient avec moteur à pétrole, 6 avec moteur à vapeur et une à moteur électrique. Seules 9 terminèrent la course, dont 8 à pétrole.

Gloire au vainqueur.

C’est Emile Levassor pilotant sa Panhard-Levassor n°5, biplace, qui franchit en premier la ligne d’arrivée. La randonnée fut fabuleuse si l’on tient compte de ce que, refusant tous les relais prévus, entr’autres pour changements autorisés du conducteur, il accomplit d’une traite (avec les seuls arrêts d’approvisionnements) les 1175 km en 48h et 42 minutes, sans quitter cette barre de direction qui n’était pas encore "volant de conduite".

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Les commissaires signalant la ligne d’arrivée à Emile Levassor.

L’exploit allait être immortalisé quelques douze années plus tard, avec l’inauguration le 27 novembre 1907, du monument de la porte Maillot. Le facteur humain auquel il n’avait pas été porté grande attention dans le concept de l’épreuve, allait donner toute sa dimension à ce type de compétition, qui avait essentiellement été pensée comme une épreuve d’endurance pour ces nouvelles mécaniques.

Jacques Ickx résume parfaitement cette conjugaison de l’homme et la machine dans son incontournable "Ainsi naquit l’automobile" ... Le sport en naîtra, écrit-il, bousculant tout sur son passage et portant au centuple la renommée de la plus récente conquête de l’homme.

Cette première victoire en était une "au panache" seulement. Elle était belle, grandiose, presque surhumaine pour l’époque. Mais non conforme au règlement de la course, qui précisait que chaque machine devait comporter quatre personnes à son bord pendant toute la durée de la compétition. Hors, Emile Levassor n’était accompagné que de son seul mécanicien, du départ jusqu’à l’arrivée.

MAIS ALORS ... ?

L’Histoire n’aura finalement retenu que le nom de celui qui passa la ligne en tête.

"A LEVASSOR", est gravé dans le marbre du portique de style néo-classique de la porte Maillot. Alors que,... commissaires, journalistes et public refaisaient la course et répercutaient l’exploit, agglutinés autour de la glorieuse n°5 victorieuse, un nuage de poussière s’élevait à l’autre extrémité de la dernière ligne droite.

Plus de 5 heures après le premier, arrivait le second. Avec quatre personnes à bord, vérifié à tous les contrôles, il passait la ligne comme il se devait.

L’immortel triomphe d’Emile Levassor aux commandes de sa N°5 biplace allait complètement occulter et reléguer aux oubliettes de l’histoire, la précision du règlement qui stipulait que les automobiles engagées devaient comporter quatre places occupées pendant toute la durée de la course. C’est au guidon du phaéton Peugeot n°16, équipé d’un moteur Daimler bicylindre en V avec allumage par brûleurs, qu’un certain Isaac Koechlin allait franchir, avec ses trois passagers, la ligne d’arrivée en seconde place. Isaac Koechlin ne fut pas immédiatement entouré de cette même foule que celle qui avait accueilli Levassor quelques heures au paravent. Mais avec une certaine discrétion, les commissaires conclurent que "tous" les points du règlement ayant été respectés par ce candidat arrivé en second. C’est lui qui devait être déclaré : vainqueur officiel. Koechlin ne s’est pas offusqué des ovations faites à son rival. C’est souriant, qu’après avoir reçu les traditionnels bouquets de fleurs, il accepta la prime de 31500 francs (1895) et s’écarta. ..."sa pudeur naturelle, le portait à demeurer discret", précise un article de presse de l’époque.

Presse qui si elle couronnait l’épopée de Levassor, reprenait en entrefilets le nom d’Isaac Koechlin, le qualifiant de vainqueur officiel de la première course d’automobiles au monde : Paris-Bordeaux-Paris.

Aussi, lorsque face au monument de la Porte Maillot, vous fixerez la scène héroïquement réaliste de l’arrivée de la Panhard-Levassor n°5, après l’avoir bien mémorisée, fixez Emile Levassor dans les yeux et avec un sourire complice, accordez-lui un clin d’œil ... vous qui savez !

Jean VAN DER REST

Ndlr : Bienvenue à qui pourra nous en dire plus, sur qui était Isaac Koechlin et quel fut son parcours dans le monde de l’automobile naissante.

Tél. 061-58.72.26 ou 0477-95.38.73 ou à la Fédération Auto-moto Retro :e-mail far@skynet.be


la suite de cette 1ère véritable course automobile entre véhicules de différentes marques ...

1895 : PARIS-BORDEAUX-PARIS et retour

L’ARRIVEE

Dans l’ordre de passage de la ligne :

1. PANHARD - PHENIXn°5à 12h.57’
2. PEUGEOT - DAIMLERn°15à 18h.35’
3. PEUGEOT - DAIMLERn°8 à 23h.45’
4. PEUGEOT - DAIMLERn°16 à 23h.52’
5. ROGER - BENZn°12le lendemain matin.
6. PANHARD - DAIMLERn°7"
7. PANHARD - DAIMLERn°28"
8. ROGER - BENZn°13"
9. BOLLEEn°24le surlendemain (samedi à 06h.05)

Les deux premières automobiles qui franchirent la ligne d’arrivée furent la PANHARD - PHENIX n°5 pilotée par Emile Levassor ainsi que la PEUGEOT - DAIMLER n°15 des frères Peugeot. Toutes deux étant à 2 places furent déclassées, compte tenu du règlement de course, précisant l’obligation de 4 places occupées pendant la totalité du trajet aller-retour.

Messieurs Panhard et Levassor tout autant que les frères Peugeot n’ignoraient pas ce point du règlement, mais considéraient principalement que les 1200 km du parcours seraient, pour eux, avant tout, une épreuve de fiabilité de leurs mécaniques respectives, plutôt qu’une recherche de classement. C’est dans cet esprit qu’ils prirent le départ. Avec une moyenne de 150 kg de charge en moins, ils furent les 2 premiers à franchir la ligne d’arrivée.

Leurs suivants dans l’ordre furent, les 2 Peugeot à motorisation Daimler. Le vis-à-vis n°8 de Doriot en premier, suivi sept minutes plus tard du phaëton n°16 de Koëchlin. Ayant pris le départ huit minutes après Doriot et passant la ligne sept minutes après lui, Koëchlin l’emporta avec une minute d’avance au terme des 1200 km. Le classement des 4 premiers est établi peu après minuit. Ce, sans attendre l’arrivée des autres concurrents, dont la Roger à moteur Benz qui va se classer 5ème. Elle vient d’être signalée comme venant de traverser Orléans avec plus de cinq heures de retard sur la Peugeot - Daimler de Koëchlin.

Signalée comment et par qui en 1895 ?

Par télégraphe, car compte tenu de l’importance de l’événement, en plus des officiels, de très nombreux journalistes français et étrangers étaient en attente d’informations à transmettre. C’est sur ordre du Ministre des communications (postes et télégraphe), que les bureaux de ses services d’Angoulème, Poitiers, Tours, Orléans et Paris avaient reçu l’ordre de rester ouvert pendant les 4 jours et nuits du 11 au 14 juin, afin d’assurer la transmission des horaires de passages tant à l’aller qu’au retour.

Mission assurée sur ordre du ministre et ... contre versement préalable de 274 francs de la part de l’organisation !

Quand au classement officiel final, le voici tel que communiqué à la presse.

- 1er PEUGEOT - DAIMLER n° 16 en 59h.48’
- 2ème PANHARD - PHENIX n°5 48h.48’ déclassé
- 3ème PEUGEOT - DAIMLER n°15 54h.35’ déclassé
- 4ème PEUGEOT - DAIMLER n°8 59h.49’
- 5ème ROGER - BENZ n°12 64h.30’
- 6ème PANHARD - DAIMLER n°7 72h.14
- 7ème PANHARD - DAIMLER n°28 78h.07
- 8ème ROGER - BENZ n°13 82h.48
- 9ème BOLLEE n°24 90h.03

Ce qui situe, conformément au règlement de la course, la Peugeot n° 8 de Doriot en deuxième position par rapport à celle de Koëchlin vainqueur incontesté qui "reçu sportivement les fleurs, accepta sans broncher la prime de 31.500 francs attribuée au vainqueur et ne revendiqua nul autre honneur, sa pudeur naturelle l’inclinant à la discrétion". C’est à l’appui de cette définition que dans son exposé, le Comte Geoffroy de Beauffort conclu : c’était un gentilhomme ...

KOECHLIN Isaac ou Paul ?

Le nouveau site internet (très complet) de la famille Koechlin précise que c’est Paul qui pilotait le phaëton Peugeot - Daimler n° 16, vainqueur incontesté de cette première véritable course multi-marques automobile. Il ne resta pas sur cette seule victoire. Toutefois, qu’il nous soit permis de contrôler (à nouveau) nos sources automobiles de l’époque, avant de préciser à notre tour, ce détail prénominal.

A très bientôt.

Jean VAN DER REST


Veuillez nous pardonner pour avoir tardé à vous répondre, mais nous tenions à recouper notre affirmation à différentes sources compétentes supplémentaires.

En conclusion avec celles-ci, il apparaît de manière quasi certaine que c’est bien Isaac KOECHLIN qui aux commandes de sa Peugeot à moteur Daimler fut déclaré vainqueur officiel de cette première course automobile sur routes ouvertes, de ville à ville.

Pour en arriver à cette conclusion, profitant de notre déplacement au récent Rétromobile de Paris, nous nous sommes rendus au Musée National de Compiègne afin d’y questionner l’un des historiens des plus compétent pour ce qui touche à cette époque des pionniers de l’Automobile. Pour lui, il ne fait pas de doute, il s’agit bien d’Isaac, qui est celui des Koechlin qui introduisit la compétition automobile dans la hiérarchie familiale et pilota en course au moins jusqu’en 1901.

D’autre part, dans sa première édition de ‘’Ainsi naquit l’automobile’’, Jacques Ickx ne cite que le nom de famille : Koechlin. Par contre, dans sa deuxième édition, après avoir eu accès aux archives de la famille Levassor, c’est à propos de Paris-Bordeaux-Paris, qu’il complète son information en précisant qu’il s’agit bien d’Isaac Koechlin.

De son côté, après recherches approfondies dans sa volumineuse documentation automobile, le comte Geoffroy de Beauffort, confirme le prénom du vainqueur : Isaac.

Observations (ndlr). Pourquoi la presse d’alors n’est elle pas plus précise ? Réflexion ! Nous sommes en pleine époque de cette affaire regrettable, qui divisa la France à la fin du XIXème siècle : l’affaire Dreyfus. 1894, c’était quelques mois avant Paris-Bordeaux-Paris et le capitaine Dreyfus, faussement inculpé pour livraison de renseignements militaires à l’Allemagne, vient d’être condamné et déporté en Guyane. L’affaire, ainsi qu’elle fut qualifiée, tourne à l’anti-sémitisme pur et dur.

1895, on peut imaginer qu’afin de ne pas porter ombrage à la victoire effective de Koechlin, la presse évite de citer son prénom. Car, comme Dreyfus, Isaac Koechlin est d’origine israëlite et alsacienne.

1896, la vérité éclate : Dreyfus est innocent. Alors éclate aussi, une fougueuse campagne pour la révision de son procès. Victor Hugo écrit son retentissant ‘’J’accuse’’. Le vent tourne ! Dès lors et pour toutes les participations aux courses et les victoires, dans les années qui vont suivre, le prénom d’ Isaac Koechlin sera cité jusqu’à sa dernière victoire dans Nice-Draguignan-Nice le 21 mars 1901. Le prénom de Paul apparaîtra seulement vers 1908 avec une approche dans le domaine des aéroplanes. Le même ? Stop, car ça c’est une autre histoire !

Jean VAN DER REST


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