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ECHEC ET PAT.

Première publication : 15 mai 2004, mise en ligne: dimanche 23 mai 2004, par Mary-Jane Noël

Nouvelle :

"Echec et Pat", une nouvelle de Mary-Jane NOEL.



Un vent glacé lui caressait le visage. L’hiver était une saison qu’il aimait, malgré le froid et la terre si sèche qu’aucune fleur ne la transperçait. Il lui trouvait une sérénité singulière dont il avait tant besoin. Les arbres le fascinaient plus particulièrement, avec leurs branches dépourvues de feuilles ressemblant à de maigres bras, tendues vers le ciel, cela lui faisait penser à certains de ses patients. Ils semblaient chercher l’un comme l’autre désespérément un secours, soit un saison plus chaude, soit une guérison plus rapide.

Pierre était médecin urgentiste. Il avait un métier qui le passionnait, mais qui lui dévorait le cœur et l’âme impitoyablement. Il avait décidé un jour de combattre l’inacceptable : la douleur que procure le destin quand il broie une vie. Il côtoyait sans cesse la souffrance des uns et le désespoir des autres, ceux qui restent impuissants devant le malheur qui frappe à la porte de leur existence. Il y mettait toute son humanité et sa compétence. Son équipe avait confiance en lui et il avait réussit de sacrés sauvetages, c’était la récompense de sa ténacité. Il lui arrivait parfois d’avoir envie de fuir lorsque la lutte s’était avérée inutile. Le chagrin des parents lui rappelait qu’il était un homme qui avait échoué malgré tous ses efforts. Il en oubliait ses merveilleuses réussites, tout ceux qu’ils avaient sauvés. Heureusement cela ne durait jamais bien longtemps, il fallait qu’il continue à lutter encore et toujours. Que lui importait même d’être appelé au beau milieu de la nuit, il y avait tant d’hommes qui tuaient par plaisir, lui sauvait par vocation.

Le peu de temps qui lui restait, il le consacrait à Hippocrate. C’était le nom qu’il avait donné à sa merveilleuse machine, dont il était si fier. A la moindre occasion Pierre venait admirer, dans son garage, son Harley Davidson qu’il avait acquise l’an dernier. Une longue épargne lui avait permis d’exaucer son vœu. Un rêve de gosse qui dormait depuis des années au fond de son cœur. Seule, comme une reine adulée, au milieu de cette immense pièce, elle trônait. Une superbe Electra Glide noir/argent aux chromes étincelants qu’il entretenait aussi efficacement qu’on lui stérilisait ses instruments chirurgicaux. Ils brillaient comme les rayons de soleil sur la blancheur de la neige. Ses yeux de passionné étaient éblouis par sa beauté, il s’en repaissait comme pour apaiser la laideur qu’il voyait chaque jour.

Il songeait avec orgueil qu’elle avait « de la race » comme une belle bête qu’on présente à un concours. Elle avait une ligne parfaite. Parfois, rien que pour le plaisir, il faisait tourner le moteur. Ce son inimitable de la Harley l’emportait déjà dans un ailleurs dépourvu de brutalité, loin de l’insupportable. Avant même de l’enfourcher elle l’emmenait déjà loin de ce monde de fous.

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Un vent glacé habitait perpétuellement le vide de son cœur. Son âme, elle était éternellement en hiver. Il avait deux passions, les armes et la moto. Pour la première, il était tellement doué qu’il en avait fait son métier, la seconde c’était l’autre moitié de l’iceberg qui palpitait dans sa poitrine. Le maître mot de sa vie « la vitesse ». C’est ce qui avait fait sa réputation dans le monde particulier des tueurs à gages. Mikaël ne savait faire que deux choses : tuer et piloter sa moto à la perfection. Il avait appris à conduire comme un dieu en s’exerçant sur les pistes et dans les rues désertées par les passants la nuit. Sa moto c’était son seul et unique moyen de s’échapper, une fois son acte accompli. Il s’était initié au démarrage foudroyant puis à la prompte échappée, chronomètre déclenché, pour arriver aux secondes voulues. Il se faufilait partout, tel un reptile, dans les petites rues, entre les voitures, il bougeait son corps sur son bolide pour le guider encore et toujours plus vite. Jamais la police n’avait réussit à le rattraper, ni même à savoir que c’était l’œuvre d’un motard, tant il était doué pour la vitesse avec laquelle il exécutait et il s’échappait.

On lui fournissait à sa demande l’arme, avec la lunette de précision, le nombre de balles, le calibre, le tout dans une mallette. Toujours en pièces détachées, le fusil, qu’il reconstituait en quelques secondes également. Il fallait que tout soit à l’endroit précis où il l’avait demandé. Si rien n’était parfait au moment fatal, il laissait tomber et disparaissait comme un félin qui sent que sa proie va lui échapper. Il savait qu’il allait recevoir un contrat d’un jour à l’autre. Toujours le même procédé, une enveloppe avec la photo, le nom derrière et l’adresse de la victime. La veille il irait repérer les lieux discrètement. En attendant il entretenait sa moto avec la précision d’un horloger et la délicatesse d’un chirurgien esthétique. Il fallait qu’elle soit parfaite pour le décollage et il ne pouvait supporter ne serait-ce qu’une griffe ou un éclat fait par un caillou.

Car elle était divine sa Yamaha R1. Il l’avait choisit en version full power, avec ses 180 chevaux et son avant comme un avion de chasse, elle frôlait la perfection. Elle était la compagne idéale pour la grande évasion. Les professionnels l’appelaient « The One » c’était pure vérité. Elle avalait les courbes avec une telle aisance, elle pourfendait l’air si facilement avec sa forme aérodynamique, qu’ils disparaissaient tous les deux ne laissant derrière eux qu’un long gémissement suivit d’un silence de mort.

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Elle avait mis tout son cœur pour y arriver et son ascension avait été fulgurante. Il y avait une certaine fierté en elle lorsqu’elle entendait son entourage l’appeler Madame la Ministre. Elle était faite pour combattre avec sincérité au côté des pauvres gens que la jungle politique n’avait pas épargné jusque là. C’était ainsi qu’elle surnommait cette société où la loi du plus fort régnait depuis trop longtemps. Elle aimait les autres, elle voulait à tout prix aider et faire avancer à grand pas un pays dont le domaine social était loin d’être parfait. Elle était adorée pour ça, mais se faisait également de nombreux ennemis. Elle le savait, mais son cœur était si vaste qu’il était empli d’un espoir qu’elle voulait absolument distiller autour d’elle. Cette femme de caractère prônait l’égalité pour chacun et se refusait à croire qu’on ne pouvait rien faire pour diminuer l’injustice. On l’aimait ou on la détestait, mais jamais elle ne laissait indifférente.

Elle savait que derrière les décors plantés par l’hypocrisie, il y avait un envers où le bonheur était souvent absent. Les discours qu’elle prononçaient étaient écris par elle, pour être en symbiose avec ceux qui croyaient en elle. Elle poussait parfois de terribles « coups de gueule » il lui suffisait de fermer les yeux quelques minutes et de plonger dans son passé. Contrairement aux autres politiciens, lorsqu’elle fermait les yeux, ce n’était pas pour occulter l’inégalité, mais pour se souvenir de ses lointains voyages au cœur de la solitude.

Son adolescence avait connu la triste couleur de l’ennui, le vide d’une assiette sans viande. Elle avait grandit dans ces cités sans joie, la pauvreté elle connaissait. Enfant, elle avait déjà une âme de révolutionnaire, lorsqu’elle jouait à la marelle elle inscrivait Enfer d’un côté et Enfer de l’autre, nul paradis déjà pour elle. Pourtant, dans l’immensité de l’absurdité elle avait toujours cultivé adroitement l’espoir. Les saisons passaient, mais aucun vent, glacé ou chaud n’avait réussit à emporter sa mémoire. Elle avait toujours souvenance d’un visage ou d’une voix qui l’aidait à poursuivre son combat.

D’ailleurs, ses amis d’hier, ceux de son enfance enfuie, étaient devenus aujourd’hui ses meilleurs conseillers. Malgré les dîners entre ministres, fausse échappée de la grisaille, au fond d’elle, elle était toujours l’enfant du bitume, des murs gris et du ciel aux nuages tourmentés. Fidèle à ses origines, si il lui arrivait, ne serait qu’un cours instant, de l’oublier durant un repas important, elle faisait saigner sa mémoire et les souvenirs affluaient. Demain, elle avait un discours à prononcer dans une ville où la majorité des habitants était pour elle. Il fallait qu’elle soit à la hauteur. Une vieille habitude faisait qu’elle se rendait toujours la veille sur place. Elle pouvait alors se promener pour se familiariser avec l’endroit où elle allait donner une prestation, mais aussi pour diminuer son stress qui la rongeait à chaque fois. C’était une sorte de rituel qu’elle n’omettait jamais. Certains de ses amis proches n’étaient pas toujours d’accord, mais elle riait en leur rétorquant qu’elle ne risquait rien, elle n’était pas assez influente pour ça. Elle était heureuse, la balade, malgré le froid, l’avait détendue et puis il y avait eu cette vision de rêve, lorsqu’elle était sortie de son hôtel. Sur le trottoir d’en face, presque irréel, comme un chevalier des temps modernes, ce motard entièrement vêtu de cuir, sur sa moto. On la sentait puissante, il semblait l’avoir dompté, tant il faisait corps avec cette machine de rêve. Madame la Ministre avait toujours aimé la moto, c’était son côté sauvage de la femme de caractère qu’elle était, qui admirait cette symbiose entre l’être humain et la machine. La maîtrise de sa vie que l’on réglait en quelques secondes, d’un tour de poignée, ou le rendez-vous avec la mort en toute conscience. C’était si simple et si difficile à la fois, un mélange détonant que les amateurs de sensations fortes détenaient au creux de la paume. Son mari était contre bien sûr, il préférait le confort du cuir des fauteuils de sa voiture de luxe, dont elle avait honte. La peur rend parfois euphorique, ce nouvel affrontement de demain la rendait vulnérable. Pour chaque discours prononcé, il y avait toujours des opposants, elle était habituée sans l’être. Pourquoi aujourd’hui plus que d’habitude, le froid peut être, elle aurait voulu s’accrocher au flanc de cet homme et disparaître dans la nuit. Faire cette folie une fois au moins dans sa vie. Celui-là n’était pas comme les autres, il l’attirait et l’effrayait en même temps. Sa combinaison de cuir était particulière, elle semblait avoir été faite pour lui. Les renforts des extrémités les plus exposées étaient faits de croisillons se terminant presque en pique. Son casque noir ressemblait à celui d’un chevalier prêt pour une joute, tant la forme du menton était avancée. Sa visière iridium achevait de lui donner une allure mystique, il était beau et énigmatique. Finalement, la vision de cet homme épousant la machine à la perfection, découpée dans une lune blonde matinale la rendit paisible. Elle était prête pour demain. Bizarrement, à cet instant précis, elle était presque sûre que cet inconnu avait deviné son regard admiratif. Le moteur se mit à ronronner comme un fauve en quête d’une proie. L’engin disparu, laissant une légère nappe de fumée, comme un rapace transperce un nuage.

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Mikaël avait reçu son enveloppe. Il l’avait étudié assidûment, tout était prêt dans sa tête. Le repérage des lieux, il l’avait effectué la veille, elle n’aurait pas le temps de faire son discours, ses commanditaires ne le voulaient pas. Il n’y avait qu’une sortie et face à cet hôtel, une maison. La maison louée par ses patrons d’un jour avait une terrasse avec un rebord assez haut pour cacher un homme accroupit. Sa moto, sa seule complice, The One, l’attendait en bas de l’autre côté, au détour d’une ruelle déserte. Il accomplissait toujours le même rituel, il adorait cet instant, plus encore que celui de tirer. Il faisait sans cesse les mêmes gestes, si souvent répétés qu’il ne se trompait jamais. D’abord il était nu, il avait une passion pour le cuir, sa deuxième peau, puis il admirait son corps musclé. Il c’était toujours imposé une discipline de fer. Le reste, il le faisait avec volupté. Il revêtait doucement sa combinaison, faite par un styliste à Florence, il avait payé très cher, mais elle épousait à la perfection les lignes de son corps. Chaque points sensibles étaient doublement renforcés, terminés en croisillons, pointant vers la victoire. Il enfilait ensuite ses bottes garnies de boucles factices jusqu’au dessus, qu’il refermait avec une fermeture éclair. Elles étaient souples et fermes à la fois, pour lui protéger la malléole, mais aussi lui permettre de courir vite. Puis pour terminer, ses mains, ses outils de tueurs, précises et rapides, il les gantait afin de les protéger du froid et pour ne laisser aucune empreinte.

Il avait juste le temps qui lui fallait pour accomplir sa tâche. Il ne se pressait jamais, la précipitation dans ce genre de besogne était une ennemie qu’il ne fallait pas négliger. Il montait les escaliers de sa marche féline et à l’endroit prévu la mallette était présente. L’arme demandée était à l’intérieur, il assembla le fusil pièce par pièce, ajusta la lunette et attendit. Un brouhaha sortant de l’hôtel l’avertit que sa proie allait sortir bientôt. Il apposa son œil à la lunette et visa tranquillement la tête de Madame la Ministre. Elle était souriante et avançait sans sourciller droit vers la mort. Il allait tirer, lorsqu’un pigeon en s’envolant se prit les ailes sur le rebord de la rambarde, dans sa précipitation de rejoindre le ciel. Mikaël fut surpris une fraction de seconde, cela suffit pour que la balle dévie, il le vit dans le viseur. Tant pis il n’avait plus le temps, il fit comme d’habitude. Il jeta l’arme, s’élança dans les escaliers, sauta sur sa moto et démarra. Cela lui prit à peine une minute. Il était une fois de plus sauvé, mais avait-il raté sa mission ? Un chien teigneux qui courrait depuis un bon bout de temps après un chat vint s’élancer dans sa roue avant. Il commençait à atteindre le nombre de tours suffisants pour une vitesse de fuite indéniable. Le contact contre le sol fut brutal, malgré les protections, bien qu’il n’en était pas à sa première chute. Un pilote comme lui avait appris à tomber avant de tenir tête à la route.

Le glissement sur la chaussée lui parût interminable, mais le pire, ce fut l’arrêt instantané par la longue pointe d’un outil laissé par un ouvrier en train de manger. L’impact l’avait propulsé de l’autre côté de la chaussée et son corps avait brisé les barrières qui protégeaient des travaux. Il sentit quelque chose transpercer sa combinaison et son torse, il eut le temps d’entendre des bruits confus et des cris, puis le silence.

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Pierre venait d’avoir un moment d’accalmie, son métier lui en laissait de temps en temps. Il en profitait toujours pour appeler sa femme et lui dire à quel point il l’aimait. Il voyait tant d’horreurs et de larmes mêlées que ces déchirures lui avaient inculqués une pensée simple, ne pas se contenter d’aimer, mais le dire. Il pouvait ainsi partir en paix si il lui arrivait quelque chose. Il venait à peine de raccrocher qu’une effervescence nouvelle se mit en route au sein des urgences.

"-Dépêchez-vous, préparez-moi le bloc 3."

"-La balle vraisemblablement est restée à l’intérieur de la tête."

"-Il continue à perdre abondamment du sang, il faut le perfuser au plus vite."

"-Quelle poisse Pierre on a eu deux cas très graves, ils arrivent en même temps. Un salaud a tiré sur Madame la Ministre, une balle en pleine tête, probablement un amateur, si on fait vite on pourra espérer. Je m’en occupe. Je te laisse le motard, après une méchante chute il est allé s’empaler sur une sorte de pique. Il n’a pas eu de chance non plus, il faut te dépêcher il a perdu beaucoup de sang. Il attend son sauveur."

Il fit un clin d’œil à Pierre et s’engouffra avec son équipe vers le bloc 3. Pierre prit en main immédiatement le jeune homme qui sombrait dans l’inconscience en murmurant sans cesse, the one, the one, the one...

Il ignorait ce que cela signifiait, mais à la vue de sa combinaison de motard imprégnée de sang des frissons lui parcoururent le corps. Les opérations durèrent très longtemps avec des moments d’angoisse mêlée d’espoir. Finalement ce fut un très beau succès qui envahit de joie le cœur de ceux qui s’étaient acharnés à sauver deux vies.

Les destins se croisent et s’entrecroisent pensait Pierre, un peu comme les renforts de cette étrange combinaison. Il n’en avait jamais vu de semblable, aussi belle et originale. Le jour même toute une équipe avait combattu la mort en sauvant une personnalité politique et un jeune motard.

Une jeune femme qui se battait pour l’égalité sociale et qu’il admirait et un passionné comme lui de moto. Il était heureux.

Les jours se suivaient à un rythme d’enfer avec leurs lots de victoire et de défaite. Aujourd’hui c’était la réussite qui avait triomphé. Ce jeune motard allait s’en remettre assez vite et remonter sur sa machine. Cette combinaison avait dû lui coûter une fortune, il devait être un acharné des virolos, des balades et des coups de vitesse à vous faire une peur du tonnerre. Pour Madame la Ministre cela allait être plus long, mais elle était saine et sauve et avec beaucoup de courage elle allait reprendre le chemin du combat. Demain il était de repos, il allait bichonner Hippocrate et se payer une bonne balade. Un regard sur cette merveille et le poids des souffrances s’allégeait un peu. Les enfants du quartier étaient toujours au rendez-vous pour admirer son Electra Glide et tous se taisaient pour écouter le son inimitable du moteur.

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La porte de la chambre de Madame la Ministre était étroitement surveillée, mais elle recevait en abondance des lettres et des bouquets de fleurs régulièrement. Ses fidèles conseillers et amis lui contaient chaque jour les nouvelles qu’ils glanaient ça et là. Le criminel n’avait toujours pas été identifié, il n’y avait aucune piste sérieuse. Cela en devenait même inquiétant, il courrait toujours, on ignorait totalement à quoi il pouvait bien ressembler.

Mikaël quant à lui était déjà sorti de l’hôpital, sa blessure était complètement guérie. Sa chère moto était réparée, elle avait enfin retrouvé sa ligne d’avion de chasse. Mais ce n’était plus un prédateur qui la chevauchait. Il s’était cloîtré dans une chambre d’hôtel et songeait sans cesse à ce dérapage. Lui, la précision même, avait été dérouté par un pigeon, une fraction de seconde peut être, mais c’était de trop. Il avait pris une décision grave et définitive, il arrêtait tout, sauf la moto bien sûr. Il avait repris The one, elle lui avait tant manqué, il recommençait ses courses folles sur les pistes et les rues désertes. Il pouvait cesser de tuer, mais la moto ça jamais.

Le jour de sa décision, à propos de son avenir, il fit une chose que son cœur froid lui dicta pourtant. Une partie de l’iceberg avait fondu et laissait paraître un peu d’humanité. Cette femme n’était pas morte, il n’avait jamais raté son coup, c’est qu’elle devait vivre.

Il fit alors une chose qu’il n’avait jamais entrepris pour les autres victimes, il se mit à lire le destin de cette miraculée de la mort et de la science. Sa carrière politique était impressionnante et sa montée au sommet flamboyante.

Il commençait à comprendre ses commanditaires, dont il ignorait complètement les noms, elle gênait. L’iceberg fondait au fur et à mesure de ses lectures sur cette femme qui luttait contre l’injustice, sur cette battante qui dénonçait les magouilles scandaleuses. Ce qui finit par faire fondre le bloc de glace en un glaçon tout juste bon a tempéré un martini, fut cette interview dans un magazine de motos. Madame la Ministre vantait les charmes d’une belle sportive italienne à la ligne racée et pure, tout en s’indignant du peu de moyens employés pour rendre les autoroutes et les voies rapides moins meurtrières. « Les motards deviennent de plus en plus nombreux, les femmes passant leur permis augmentent de jour en jour, cela me rend heureuse. Il faut qu’ils puissent rouler en paix, donnons leur les moyens ».

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"-Madame la Ministre encore un bouquet de fleurs pour vous, elles sont magnifiques."

"-En effet, en plus ce sont des orchidées, mes fleurs préférées."

Elle était à chaque fois si émue de ces gestes d’amitiés, en plus, pour la plupart des inconnus. Un mot accompagnait ce splendide bouquet. Les admirateurs n’avaient pas beaucoup d’imagination, mais elle s’en moquait, c’était le geste qui comptait. Celui-là était différent des autres, elle ne savait pas vraiment pourquoi, mais elle ressentit un léger frisson en le lisant.

« Madame,

Entre la vie et la mort il y a un chemin à parcourir, il est plus ou moins long pour certains d’entre nous. Vous avez fait une halte, c’est pour mieux repartir et le plus longtemps possible, j’y veillerais. Continuez à vous battre, vos causes sont justes, ce ne sont pas des moulins à vent. N’oubliez jamais la cause motarde.

Un admirateur à qui vous avez donné du fil à retordre.

The one »

"-Promis."

Dit-elle tout haut.

Son mari entra dans la chambre et admira comme à chaque fois toutes ces fleurs.

"-Il m’a semblé que tu parlais seule, tu disais quelque chose ?"

"-Non, tu t’es trompé."

"-Tu te sens bien."

"-Oui, j’ai pris une grande décision."

Intrigué et inquiet à la fois à chaque fois que sa femme prenait une décision, il lui demanda, pensant qu’elle voulait prendre enfin des vacances :

"-Ah oui et laquelle ?"

"-Je vais passer mon permis moto."

"-Tu es sérieuse ? (lui demanda-t-il les yeux exorbités)"

"-Oh oui je suis très sérieuse."

Lui répondit-elle en lui faisant un V avec les doigts et lui administra son plus merveilleux sourire.

Fin


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